LES PERSONNES AGRESSIVES: COMMENT LES GÉRER?

Agressivité: image d'un homme en colère
La colère est le dernier refuge des incompétents.
I.Asimov

Introduction

Les individus parfaitement rationnels et raisonnables sont extrêmement rares. Personnellement, je n’en ai jamais rencontrés. On est tous soumis à la dimension émotionnelle de notre esprit.
Pourquoi? Car pour prendre des décisions vraiment rationnelles, il nous faudrait stocker et traiter l’intégralité des informations qui nous parvient de notre environnement or notre cerveau n’est pas équipé pour ça.

C’est la raison pour laquelle nos émotions constituent un raccourci à la prise de décisions…qu’elles soient logiques ou pas. Face à certaines situations, on n’a pas toujours le temps d’établir un plan détaillé, par conséquent nous « ressentons » immédiatement l’action qu’il faut entreprendre avant de pouvoir y réfléchir sérieusement.

Cependant, quand les émotions sont mal contrôlées, les attitudes les plus irrationnelles peuvent survenir.
On a tous été confronté un jour ou l’autre à des personnes bornées dont le comportement agressif nous a déroutés, à l’école, en soirée, au travail, en famille…
Ces situations peuvent se traiter selon deux approches complémentaires.

1. L’approche passive : l’indifférence

Agressivité: image de galets empilés les uns sur les autres
Tu ne seras pas puni pour ta colère, tu seras puni par ta colère.
Le Bouddha

Un jour un homme rendit visite au Bouddha et commença à critiquer violemment son enseignement. Comme le Bouddha ne répondait pas, l’homme se mit en colère et lui lança des insultes.
Epuisé, l’homme lui demanda pourquoi il ne réagissait pas. Le Bouddha lui répondit tranquillement: « Si quelqu’un t’offre un cadeau et que tu le refuses, à qui appartient le cadeau? » Réponse: « A celui qui l’offre ».

Si quelqu’un se montre agressif, vous avez le choix de refuser son « cadeau ». De cette façon, il gardera pour lui ses insultes et sa colère.
Méprisez les petites contrariétés et ne vous laissez jamais déstabiliser (Robert Greene en parle dans son livre « Les 48 lois du pouvoir », il s’agit de la 36ième loi).

Cette approche demande un peu de pratique et un contrôle rigoureux de ses émotions.
Pour s’aider, on peut utiliser la technique de la visualisation.
Le plumage du canard est étanche à l’eau. C’est pour ça que lorsque l’oiseau plonge dans un étang, il en ressort parfaitement sec. De même, imaginez chaque agression verbale comme de l’eau qui glisse sur vous comme sur les plumes d’un canard sans vous mouiller.
Vous pouvez aussi imaginer un boomerang que l’on vous lance, qui vous effleure à peine et qui se retourne pour percuter votre adversaire.

Créez et visualisez vos propres images mentales et utilisez-les contre vos interlocuteurs. Exercez-vous jusqu’à ce que vous perceviez leur colère comme étant totalement étrangère à vous.

Ne perdez jamais votre sang-froid et ne piquez jamais de colère sauf si vous la contrôlez dans un but spécifique.

J’utilise parfois une technique qui s’avère efficace en négociations.
Lorsque mon interlocuteur s’énerve, je fais semblant de perdre mon calme pour lui faire croire que je ne me contrôle pas. Ayant perçu cette faiblesse, il en profite et se montre de plus en plus agressif. Je regagne alors soudainement mon calme et j’ignore tranquillement toutes ses provocations.
Si la manœuvre est bien gérée, mon interlocuteur peut avoir deux types de réactions:

  • Déstabilisé par mon changement d’humeur, il s’assagit et la négociation reprend calmement.
  • Il s’énerve de plus belle et perd toute crédibilité. Dans ce cas néanmoins, il faut passer à l’approche active sinon la négociation risque de mal tourner.

2. L’approche active

Agressivité: image d'un combat de boxe

Si elle est correctement menée, c’est-à-dire si vous contrôlez vos émotions, l’approche passive telle que décrite ci-dessus fonctionne bien en général.
Mais on a parfois affaire à des personnes avec lesquelles ça ne suffira pas. Si c’est quelqu’un que vous voyez tous les jours, son comportement à votre égard peut avoir des effets négatifs sur votre équilibre moral. Par conséquent, il faut adopter une approche active.

Si vous vous engagez dans cette voie, veillez à toujours ajuster votre réaction à la situation. Etes-vous sur votre lieu de travail, en famille, dans la rue ou en boîte de nuit? Connaissez-vous votre interlocuteur? Si c’est le cas, vous pouvez anticiper en partie son comportement et calculer la façon dont vous allez réagir.
Si vous le côtoyez tous les jours, profitez-en pour tester sur lui plusieurs méthodes et retenez celle qui fonctionne le mieux.

Vous trouverez ci-dessous plusieurs approches possibles.

La confrontation directe

Nous avons brièvement évoqué le sujet dans le cas de l’agression passive.
Dès qu’une personne vous agresse verbalement, restez courtois mais confrontez-vous directement à elle en exigeant calmement des explications sur son attitude.

Cette méthode demande un peu d’entraînement mais elle se révèle très efficace car elle oblige votre adversaire à interrompre son petit jeu et à dévoiler ses véritables intentions.

C’est la méthode que j’utilise de préférence dans les milieux professionnel et familial.
Elle produit un effet psychologique très puissant car même si votre interlocuteur refuse de s’expliquer, vous avez tracé devant lui les limites à ne pas franchir. Il sait désormais qu’il faudra qu’il s’en accommode la prochaine fois qu’il tentera de vous emmerder.
Si malgré vos avertissements, il franchit vos limites, vous saurez alors que l’agression est volontaire de sa part…

La manipulation

Si la méthode précédente ne fonctionne pas, vous pouvez tenter de conditionner le comportement de votre interlocuteur.
J’utiliserai un exemple personnel pour illustrer cette technique.

Ma famille est nombreuse et nous avons l’habitude de nous réunir une fois par an autour d’un grand repas qui dure toute la journée.
Pour la plupart d’entre nous, nous sommes conciliants et nous acceptons volontiers la contradiction à condition qu’elle soit honnête. Il y a pourtant parmi nous un grand-oncle au caractère insupportable…

Une année, nous avons tous décidé de changer d’attitude à son égard. A chaque mauvaise remarque de sa part, on l’ignorait ou on lui demandait de s’expliquer clairement, ce qu’il refusait de faire au début. En revanche, à chaque fois qu’il faisait un commentaire agréable ou qu’il faisait preuve d’humour, on se tournait vers lui, on lui souriait et on engageait la conversation.
Toute la famille s’y est mis: en l’espace d’une journée, il a totalement changé!

Bien sûr cette méthode gagne en efficacité si on la pratique à plusieurs.

Le bannissement

Le bannissement est une pratique ancestrale qui part d’un constat simple. On s’aperçoit en effet qu’au sein d’un groupe, les problèmes viennent parfois d’un seul individu particulièrement toxique.
Analysez froidement la situation, isolez le problème et supprimez-le. Robert Greene décrit très bien ce phénomène dans son livre « Les 48 lois du pouvoir » (il s’agit de la 42ième loi: Eliminez l’agitateur).

Lorsque le comportement de quelqu’un devient inexcusable, prenez l’initiative de le faire expulser. Sonnez l’alarme au plus vite: rassemblez autour de vous les personnes qui ne le supportent pas et arrangez-vous pour l’éloigner de vos vies. Faites-le avant que l’atmosphère ne devienne irrespirable.
Si vous ne le faites pas, la situation ne pourra qu’empirer et l’agitateur augmentera son emprise sur vous.

Cette méthode est à appliquer chaque fois que vous pouvez rassembler des partisans autour de vous ou que vous êtes en position d’autorité.
Sur le lieu de travail, faites en sorte que l’excité change d’équipe ou de département, dans un cercle d’amis ou un club de sport, faites-le expulser.

Couper les ponts

Quand les méthodes précédentes ne fonctionnent pas ou que les circonstances ne permettent pas de les utiliser, éjectez-vous vous-même de la situation. C’est une méthode radicale mais parfois indispensable dans certains cas.

Lorsque des amis, une copine ou un membre de la famille ne vous apportent plus rien, partez! Quittez sans regret les faux-amis parasites et les agresseurs, actifs ou passifs.
S’il s’agit de collègues de travail ou de manager ingérables, changez de département ou carrément d’employeur.
La meilleure solution consiste bien sûr à être son propre patron, nous aurons l’occasion d’en reparler dans d’autres articles 🙂

Pour finir

N’acceptez aucun abus quelconque de quiconque.
Ne tolérez aucune intrusion sur votre territoire à moins que ce ne soit vous qui l’autorisiez.
Imposez-vous par la force de votre personnalité et votre persévérance. Si vous n’y êtes pas habitué, les premières fois risquent d’être difficiles, raison de plus pour commencer sans tarder.
Confrontez-vous à un maximum de personnes afin d’ajuster au mieux vos techniques de gestion des conflits.

Ayez toujours le goût de l’adversité.

Références

Films et séries

La série House of cards de Beau Willimon avec Kevin Spacey

Lord of war d’Andrew Niccol avec Nicolas Cage

Drive de Nicolas Winding Refn avec Ryan Gosling

Le Capital de Costa-Gavras avec Gad Elmaleh

Livres

Power. Les 48 lois du pouvoir de Robert Greene

Petit traité de manipulation à l’usage des honnêtes gens de Robert-Vincent Joule et Jean-Léon Beauvois

2 commentaires

  1. Rodrigo a écrit:

    Tout à fait d’accord avec cet article. Le bannissement est très à faire surtout quand c’est un proche mais c’est parfois indispensable
    et parfois la personne qui est banni revient vers soi et a totalement changé de caractère

    05/12/2017
    Répondre
  2. leXdepaC a écrit:

    De mon expérience des negociations, le plus dur c’est l’approche passive. C celle qui demande le plus de pratique parce qu’au début la personne en face de vous a l’impression d’avoir le dessus puisqu’on ne réagit pas.
    Ce n’est qu après que votre calme destabilise! Il faut tenir suffisament longtemps , c ça qui est dur.

    Excellent article mais il manque une situation: quand la personne en vient aux mains!

    05/12/2017
    Répondre

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