Catégorie : Séduction

Séduction: symboles du masculin et du féminin
Il y a deux manières de plaire: amuser et intéresser.
S. de Boufflers

1. Drive (2011)

De Nicolas Winding Refn
Avec Carey Mulligan et Ryan Gosling

Le héros est un jeune homme discret travaillant dans un garage le jour. La nuit, il loue ses talents de pilote automobile à la mafia.
Le film ne donne aucune information sur son identité.
Son mystère et son audace, habilement rehaussés par la beauté des images, constituent le secret de son magnétisme.

Sa séduction fonctionne par son mutisme, l’intensité de son regard et de ses silences prolongés.
Il est l’incarnation-même de la désinvolture, de la « cool attitude ». Il contrôle calmement la situation et ne se lance dans l’action que lorsque c’est nécessaire.

Détaillons sa personnalité.
D’une part, il y a son attitude en retrait, pudique et virile, parfaitement illustrée lorsqu’il fait la connaissance de sa voisine au début du film.
D’autre part, son refus de se laisser impressionner par les mafieux qu’il rencontre, son acharnement tranquille à ignorer leurs bravades, à leur répondre aussi lentement que possible.
Et puis il y a surtout le sang-froid hors du commun dont il fait preuve, quasi psychopathique.

Sur une musique hypnotique, la magie noire de ce film infuse lentement. Elle alterne entre paysages urbains silencieux et scènes ultra-violentes, entre sensualité retenue et courses-poursuites effrénées.

Un exemple extrême de maîtrise de soi.

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2. Barry Lyndon (1975)

De Stanley Kubrick
Avec Ryan O’Neal et Marisa Berenson

Séduction: image du film Barry Lyndon

Au XVIIIième siècle, un jeune irlandais désargenté s’engage dans l’armée anglaise après avoir, croit-il, tué un officier en duel. C’est le point de départ de ses aventures au cours desquelles il tentera de se faire une place dans l’aristocratie britannique, d’abord par la force et l’audace physique puis par la ruse et la séduction.
Dans le cadre du thème qui nous intéresse, nous mettrons l’accent sur deux scènes révélatrices du caractère exceptionnel du héros.

D’abord: parlons de la scène où il séduit Lady Lyndon à la table de jeu.
Que dire de ce passage qui n’a pas déjà été dit? Que Kubrick a atteint le sommet de son art? Son charme provient-il de la musique, de l’éclairage, du talent des deux acteurs qui paraissent possédés? Qu’importe…

Dans le velouté des couleurs éclairées à la bougie, cette scène qui dit tout sans rien dire, admirable par sa charge émotionnelle, donne l’impression d’assister à un envoûtement. Par la force de son regard, par la puissance sereine qu’il dégage, Barry jette un sortilège sur la lady qui ne résiste pas longtemps.

Elle aussi fait jouer sa séduction. Elle le fixe tranquillement d’abord avant de détourner les yeux furtivement. Puis elle y revient à plusieurs reprises pour le fixer plus intensément. Enfin elle baisse les yeux et se soumet. Incapable de dissimuler son trouble plus longtemps, elle invoque un prétexte pour sortir sur le balcon où Barry la rejoindra … Et d’où il poursuivra son ascension sociale.
Comparez cette scène à celles du début du film où le héros, encore inexpérimenté, tente maladroitement de séduire Nora.

Le passage où Barry défie lord Lyndon est un modèle de maîtrise et de possession de soi. Notre héros, qui courtise Lady Lyndon depuis quelques temps, s’approche un soir de la table où le vieux lord qui joue au cartes le provoque en lui reprochant de vouloir lui prendre sa femme.
Le calme surnaturel de Barry déstabilise le vieil homme qui enrage de plus belle et manque de s’étouffer. Quelques temps plus tard, notre aventurier épouse la lady et prend effectivement la place du lord.
Sa stratégie, patiente et calculatrice, a fonctionné 😉

Mais il ne parviendra pas toujours à dominer son tempérament coléreux et la suite nous montre une fois de plus que le secret du succès social consiste à contrôler ses émotions.

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3. Le Tao de Steve (2000)

De Jennipher Goodman
Avec Donal Logue

Comédie hilarante avec un séducteur improbable.
Dex n’a pas exactement le physique de Brad Pitt, il est quasiment obèse et pourtant sa capacité à attirer les femmes relève presque de la sorcellerie.
Oui mais voilà: Dex est très observateur et un fin lecteur de philosophie classique, zen et taoïsme en particulier.
De cette connaissance de l’âme humaine et de la nature féminine, il en a tiré une stratégie de séduction qui s’articule autour de trois principes:

  1. Annihile ton désir
  2. Démontre ta valeur
  3. Puis va-t-en

Il l’a appelé le tao de Steve du nom de ses héros de cinéma préférés qui selon lui incarnent le mieux ces trois valeurs (Steve Austin, Steve McGarrett and surtout Steve McQueen). Tous trois archétypes du mâle serein et dominant, indépendant et désinvolte.

Le premier principe nous rappelle qu’en séduction, on doit faire preuve de détachement à l’égard de son désir sexuel, c’est-à-dire de la femme qu’on convoite.
Puis, deuxième principe, on doit prouver sa virilité en démontrant sa valeur sociale (humour, conversation, style de vie).
Enfin, une fois que le poisson est ferré, il faut feindre le désintérêt et s’éloigner … pour, bien sûr, mieux revenir et l’attirer encore plus.

La force de Dex, c’est sa désinvolture, la confiance absolue qu’il a en lui, la certitude que sa méthode de séduction est valable même si parfois, elle peut échouer.
Il ne désire rien et n’a donc rien à perdre: c’est précisément pour ça qu’il gagne.

Dex donne des conseils de séduction à un de ses amis qui n’y comprend rien aux femmes. La naïveté du type est navrante et constitue la énième illustration que les gentils garçons finissent derniers.
On ne peut pas se contenter d’être soi-même: cette expression stupide, largement médiatisée, ne veut rien dire. Ce qu’il faut, c’est s’efforcer d’extraire le meilleur de soi-même.

Budget modeste, production indépendante, acteurs et réalisateur peu connus, l’efficacité de ce film tient à sa simplicité et à l’honnêteté des personnages.
Des vérités intemporelles sont énoncées calmement au cours d’un dîner entre amis dans la pénombre d’un jardin, ou en riant, pendant une partie de poker arrosée.

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4. Match Point (2005)

Comme Barry Lyndon mais à notre époque, le héros est un jeune arriviste irlandais qui joue des coudes pour se frayer un chemin dans la haute société anglaise.

En nouant des relations grâce à son activité de moniteur de tennis, Chris parvient rapidement à séduire une fille de bonne famille et à se faire embaucher dans l’entreprise de son beau-père.
Puis très vite, il rencontre Nola, une apprentie comédienne en manque de rôle venue tenter sa chance à Londres.
Leur premier tête-à-tête autour d’une table de ping-pong est un modèle de séduction agressive. Il impose brutalement sa personnalité et initie tout de suite le contact physique avec elle en prétextant lui apprendre à jouer. S’ensuit une joute verbale maîtrisée de bout en bout par Chris qui ne laisse à Nola aucun répit.

Le deuxième tête-à-tête se déroule dans un bar après un nouvel échec de Nola à une de ses auditions.
Cette fois, Chris souffle le chaud et le froid. Il commence par l’encourager à poursuivre ses efforts et la flatte brièvement sur son physique. Passablement hébétée par l’alcool, Nola n’est pas à la hauteur et sa répartie manque d’énergie.
Chris prend alors une attitude plus offensive et va jusqu’à lui faire une remarque blessante sur son audition ratée.
Bien que déstabilisée, Nola n’en est pas moins séduite, ce que le jeu brillant de l’actrice laisse transparaître.

Chris possède les quatre principales caractéristiques du dragueur expérimenté et quelles que soient nos objections morales, on est bien forcé de constater qu’en matière de séduction, il obtient ce qu’il veut.

La suite de l’histoire nous montre que son arrivisme va beaucoup plus loin qu’on ne pouvait l’imaginer.

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Confiance en soi Détachement Discipline Films Psychologie Séduction