Catégorie : Séduction

Séduction: symboles du masculin et du féminin
L’unique règle de plaire est de trouver un appétit que l’on a laissé affamé.
Baltasar Gracian y Morales

2ième partie de mes chroniques « Séduction et cinéma ».

1. Vicky Cristina Barcelona (2007)

De Woody Allen
Avec Javier Bardem, Scarlett Johansson et Penélope Cruz

La blonde Cristina et la brune Vicky décident de passer quelques jours d’été à Barcelone où elle rencontre un certain Juan Antonio.
Ce dernier les aborde au cours d’une scène de séduction qui vaut à elle seule le prix du film:

Dans le restaurant où elles passent la soirée, il s’approche de leur table en déclarant sincèrement ses intentions. Il les invite à l’accompagner dans une ville pittoresque, Oviedo, où il leur propose de déguster des grands vins et de faire l’amour à trois.
Evidemment, une approche aussi directe nécessite d’avoir un peu d’expérience…

Pour obtenir l’effet voulu, le séducteur doit être parfaitement calme et confiant, il ne doit se laisser démonter par aucune des remarques que les filles lui adressent et y répondre sereinement.
Elles ne peuvent pas lui reprocher de dissimuler ses intentions. Il veut les sauter toutes les deux et il le leur fait clairement comprendre dans un langage choisi!
Qu’elle l’admette (Cristina) ou qu’elle le rejette violemment (Vicky), les deux filles sont impressionnées par la démarche de Juan Antonio car peu d’hommes ont suffisamment d’audace pour parler de manière aussi abrupte.

En apparence, Cristina semble être la seule intéressée mais ça n’est pourtant pas elle qui succombera la première.
On peut penser que Juan Antonio ne parvient finalement à séduire Vicky que lorsqu’ils se trouvent tous les deux à Oviedo.
Ce qu’il faut comprendre c’est que la séduction était déjà amorcée dans le restaurant à Barcelone alors même qu’elle le rejetait agressivement.
On l’a déjà dit: plutôt la colère que l’indifférence.

Le film enchante par sa spontanéité et son humour et nous démontre une fois de plus qu’en séduction la simplicité est une arme.

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2. Crazy, Supid, Love (2011)

De Glenn Ficara et John Requa
Avec Ryan Gosling et Emma Stone

Jacob est un artiste de la séduction, un orfèvre de la drague. Il passe ses soirées à peaufiner sa technique jusqu’au jour où il tombe sur une proie un peu moins docile que les autres.
Ce passage où il aborde Hannah est brillant pour des raisons que nous avons déjà relevées dans d’autres films: assurance, sérénité, humour, attitude détachée, qualité de la conversation:

Mais ce qui m’a le plus intéressé dans cette scène c’est la gestion du rejet.
Après un échange de réparties intense au cours duquel le dragueur ne donne aucun signe de fatigue ou de vexation, Hannah choisit finalement de ne pas céder à ses avances. Face à ce refus, Jacob ne se démonte pas et termine même la conversation sur une touche d’humour, manifestant ainsi une haute valeur sociale.

Comprenons bien que si la fille l’a rejeté sur le moment, ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas attirée. Et elle l’est d’autant plus qu’il a encaissé son refus sans broncher comme s’il n’était pas intéressé. Bien sûr, afin de protéger son ego, elle ne pouvait pas revenir sur ses pas et se jeter dans ses bras.

Quelques jours après et sur le coup d’une déception sentimentale, elle retourne dans le bar pour y retrouver Jacob. Ce qu’elle n’aurait pas fait si elle n’avait pas été séduite lors de la première rencontre.

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3. La Fille coupée en deux (2007)

De Claude Chabrol
Avec François Berléand, Benoît Magimel et Ludivine Sagnier

Dans un triangle amoureux hystérique, le film met en scène un vieil écrivain pervers et manipulateur, Charles et un jeune héritier oisif et dégénéré, Paul. Tous deux s’affrontent pour la belle Gabrielle dont la candeur de façade et l’attitude victimaire cachent mal l’arrivisme mondain.

L’opposition entre les deux hommes est un cas d’école qui illustre parfaitement ce qu’il faut faire pour séduire (avec Charles) et ce qu’il ne faut pas faire (avec Paul).
L’approche de Charles est discrète et désintéressée, elle est faite de non-dits et de coups d’œil légers. L’art du silence est ici manié avec brio. Il laisse venir Gabrielle, il ne l’oblige à rien et lui offre peu de cadeaux.

Rien de tel dans l’attitude de Paul. Il lui offre des fleurs, des restos chics, une promotion de carrière, il tente de l’impressionner avec sa fortune… Autrement dit il mendie son affection et n’a aucune fierté.
Par conséquent, elle le prend pour ce qu’elle perçoit de lui: un faible, même s’il est millionnaire.

Paul voue à son rival une haine mortelle qui le consume, alors que Charles ne lui adresse tout au plus qu’un mépris hautain et nonchalant.

La différence de séduction entre les deux hommes est flagrante. Et dans le cœur de notre fausse innocente, c’est Charles le rusé qui l’emporte. Même si la deuxième partie de l’histoire peut laisser penser le contraire.

L’un des meilleurs films de Claude Chabrol.

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4. Hitch (2005)

De Andy Tennant
Avec Will Smith et Eva Mendes

Le héros est un professionnel qui monnaye ses talents en formant des hommes à la séduction.
Souvent comique, pas toujours réaliste, le film vaut néanmoins le détour, en particulier pour les 2 passages dont on va parler.

Il y a d’abord cette scène comique où Hitch aborde une bombe entourée de beaux gosses qui la draguent lourdement. Comment se faire remarquer dans une situation pareille? Réponse: en faisant preuve à la fois de créativité et surtout d’une grande audace.
Il fait semblant de la confondre avec une serveuse. Il fend la foule qui l’entoure et lui glisse un billet dans la main en lui demandant de lui ramener deux bières sur un ton autoritaire.
La fille se vexe et l’insulte. Avec une phrase d’autodérision, il reprend immédiatement le contrôle de la conversation. Sa sérénité et son assurance ne peut qu’impressionner la fille, et c’est elle qui relance la conversation.

Le 2ième passage est le meilleur du film.
Hitch aborde une fille (jouée par Eva Mendes) alors qu’elle est déjà en train de se faire baratiner par un autre homme. Tout l’intérêt de cette scène tient à la force de l’approche et la sincérité du séducteur:

Il fait croire à son concurrent qu’il sort déjà avec la fille. Le mensonge est créatif et très audacieux.
Hitch assume sereinement qu’il a envie d’elle. Il lui fait clairement comprendre qu’il n’est là que pour la séduire ce qui le rend encore plus séduisant.
Il se rend maître de la conversation. Il passe toutes les questions-tests qu’elle lui lance puis il renverse les rôles en la testant subtilement à son tour.

Enfin, après l’avoir enivrée par sa répartie et son humour, il la quitte en la saluant poliment. C’est un coup de maître, exécuté au moment où l’état émotionnel de la fille est au plus haut. Il faut du courage pour simuler le désintérêt alors qu’il vient juste de ferrer sa proie … Et c’est précisément la raison pour laquelle elle va lui courir après.

Répétons-le: ne courrez après personne. Ne recherchez l’attention de personne. Vos compliments doivent être rares et bien placés. Apportez de la valeur par votre conversation, votre humour, votre désinvolture.
Faites 1 pas en avant puis 2 pas arrière. Intriguez-la, puis ignorez-la. Attirez-la puis lâchez-là.
C’est comme ça que le jeu se joue.

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